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La conversation vue par Théodore Zeldin ...


« La culture française a dominé le monde par son art de la conversation (particulièrement au XVIII° siècle). Si, actuellement, la culture française est dans un état de crise sans précédent, c'est parce que l'art de la conversation concernant des sujets essentiels s'est transformé en une dialectique sur des sujets futiles » Théodore Zeldin, historien sociologue anglais. 

 

Plus positivement, pour toute personne la conversation peut être une agréable occupation éloignant tracas et lassitudes. C'est l'occasion de découvertes parfois étonnantes, dépaysement assuré ! Quand elle est réussie, elle est toujours source d'enrichissement intérieur et de joie profonde.

La conversation : une pratique à la portée de tous à découvrir ou....à perfectionner !

Une conversation en Guinée.

Il y a quelques années, ma femme et moi, nous étions en visite dans un prieuré missionnaire en Guinée Conakry. Le sommet de ce séjour fut la rencontre avec Chérif accompagné de son épouse. Il appartient à la famille qui, depuis le XIV° siècle, gouverne l'Islam en Afrique occidentale après l'y avoir établi. Profondément religieux et reconnu comme tel, Chérif assure la formation continue des imams guinéens. Ce qui ne l'empêche pas d'être, modestement, professeur au lycée de Coyah, n'ayant pour véhicule qu'un cyclomoteur fort usagé

En deux heures environ notre conversation a atteint des sommets que je ne puis oublier. Après avoir partagé quelques minutes sur nos conditions de vie réciproques, tellement différentes !, et sur nos familles, en particulier nos enfants, nous nous sommes engagés dans un dialogue à cœur ouvert tout à fait imprévu. Nous étions bien loin du bruit et des agitations du monde et le prieuré situé dans un merveilleux paysage de brousse se prêtait aux « choses de l'esprit ».

Ce fut d'abord ce qui pouvait nous motiver dans la vie : la réussite professionnelle et sociale, l'argent, la famille, autrui, la foi en Dieu...pour parvenir à ce qui fut pour nous la vraie découverte. Chérif, lui qui fait partie de l'élite intellectuelle et religieuse de son pays, fuit la richesse et la notoriété. Elles l'éloigneraient de l'essentiel qui est pour lui l'éducation et l'instruction des jeunes, et, surtout, sa relation à Dieu. Il nous a confié que, bien sûr, il pratique soigneusement les prescriptions de l'Islam, mais qu'Allah est tellement présent à son esprit qu'il se lève chaque nuit pour le prier, trois ou quatre heures, dans la solitude et le silence. « Comment Allah t'est-il présent ? ». « Quand je suis la nuit en prière, il me semble qu'Il est là, comme derrière le mur». Probablement, la plus belle conversation de ma vie !

L'originalité de la conversation.

La conversation est l'échange entre des personnes qui reconnaissent ne pas tout savoir et qui désirent progresser dans leur recherche de la vérité. Il y faut un minimum de durée et les brefs temps de silence sont toujours favorables. On entre en conversation comme on part à l'aventure dans une contrée inexplorée. Plus le, ou les partenaires semblent étranges, étrangers même, plus la conversation peut être captivante et riche.

Elle se tient tout simplement entre deux interlocuteurs, mais aussi entre plusieurs, quatre, cinq. Au-delà, un animateur reconnu comme tel est favorable.

Elle se nourrit de sujets qui tiennent à cœur et qui sont partagés paisiblement, chacun restant en quête de lumières nouvelles. Une conversation n'est pas forcément sérieuse et appliquée tout au long de son parcours. Des oasis de blagues et de rires ne peuvent que donner plus d'humanité et de simplicité à l'échange. L'important, c'est le naturel et l'amabilité.

Vraiment, la conversation est le luxe, sans frais, des humbles et des pauvres, du moins de ceux qui se reconnaissent comme tels.

Les ennemis de la conversation.

Le premier obstacle à la conversation est le bruit, l'agitation, ces nouvelles, souvent bien futiles et éphémères, venant de partout, captivant, encombrant les esprits, et les limitant au domaine du superficiel. Accepter le calme et le silence, retrouver sa propre intériorité sans s'y complaire, constituent une nécessaire introduction à l'attention à autrui et à la véritable écoute.

.Redoutables sont les bavards impénitents qui, non seulement monopolisent la parole, mais qui, surtout, se cantonnent eux-mêmes, et avec eux leur auditoire, à l'accessoire, au superficiel. Les considérations sans fin sur ses impressions, ses sentiments, ses souvenirs éloignent de la conversation. En effet celle-ci suppose de chacun une certaine maîtrise de soi, un détachement personnel, pour une écoute respectueuse du cheminement du vis à vis.

Le débat, et souvent la discussion, sont loin de la conversation. Il s'agit alors de convaincre, parfois de séduire, d'amener à ses propres convictions sans écouter celles d'autrui en restant campé sur ses propres certitudes. Dans de tels cas, au moins une chose est assurée, on quittera la scène sans le moindre enrichissement personnel.

Les facteurs favorisant la conversation.

Par nature la conversation suppose la gratuité, l'absence de tout objectif préalablement défini. Elle s'avance, s'approfondit, par le simple intérêt, la sympathie, portés aux personnes. Où va-t-elle conduire ? Nul ne le sait, même si un thème est choisi au départ.

Lui convient bien, également, une relative pudeur, excluant le déballage des souvenirs et impressions personnels. Ce qui n'exclut pas, bien au contraire, la confidence en termes mesurés de ce qui tient vraiment à cœur. La confiance dans la discrétion des partenaires est alors précieuse.

Un a priori de sympathie est toujours positif. L'absence d'idées préétablies et de jugements, sur les personnes facilite grandement les débuts de l'échange. Il y a dans autrui des richesses à découvrir à cet instant. Il ne reste qu'à ouvrir son esprit et son cœur.

Le goût de la conversation.

« En ce qui me concerne, je souhaite qu'une conversation me surprenne, qu'elle m'emporte vers des territoires étrangers, au risque de m'égarer, qu'elle me découvre à moi-même et qu'elle me dévoile les autres, en dehors de toutes indiscrétions....Sans ce plus, sans une telle alerte, et une telle mise en orbite, sans un voyage à la limite de mes frontières habituelles, je ne me satisfais pas. Je me retrouve alors dans le même état que le jour précédent. » (Pierre Sansot, philosophe anthropologue).

La conversation, voie de la sagesse ?

La pratique de la conversation est, particulièrement, à la portée des retraités. Ils ont, pour la plupart du moins, davantage de temps libre et de disponibilité, pour écouter et prendre du recul par rapport à ce qui est superficiel, accessoire. Légitimement, ils ont le désir de transmettre aux plus jeunes leurs expériences, -leur expérience-, signe et fruit de la sagesse.

Il y a sûrement bien des moyens d'acquérir la sagesse, qui n'est du reste pas l'apanage des plus âgés. La pratique « assidue », - ne demande-t-elle pas un réel effort sur soi-même ? -, de la conversation a trois grands effets menant à la sagesse. D'un côté, ceux avec lesquels on dialogue en profondeur confient, mettant ainsi à disposition, une part de leurs trésors intimes. De l'autre, tout en conversant, on est amené à revisiter ses propres impressions et certitudes, à démêler le douteux du certain, l'accessoire de l'essentiel. Enfin, parfois, trop rarement, la conversation conduit à des découvertes lumineuses inoubliables.

Hubert d'Alançon

Pour aller plus loin : « Le goût de la conversation » Pierre Sansot Desclée de Brouwer.

                                  « De la conversation » Théodore Zeldin Fayard.

Théodore Zeldin, historien sociologue anglais. 
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