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Que la confiance règne ! (30 septembre)



De nombreux interlocuteurs appellent de leurs vœux la confiance, autant dans la relation à l'autre que dans les domaines de l'économie ou de la politique : Qu'en est-il donc de [ou Quelle est donc] cette quête de confiance ?
Compte-rendu de la Conversation au Collège des Bernardins, à Paris.

La Confiance en soi

Pour Christophe André1, la confiance en soi est un sentiment qui se travaille et se cultive. Elle naît des liens que nous établissons avec l'autre. Si ces liens sont basés sur l'acceptation de notre dépendance aux autres, alors la confiance en soi sera plus stable. La confiance en soi durable passe par une acceptation de soi et par une confiance plus générale en l'être humain.

Eric Loizeau2 confirme cette perspective d'une confiance en soi qui a besoin de grandir en s'appuyant sur les autres... Son expérience d'alpiniste et de navigateur illustre cette confiance en l'autre. « En montagne, on risque sa peau on a besoin d'une confiance aveugle ! » Cette confiance se développe selon lui avec le temps en construisant une relation avec ses équipiers, mais également en testant l'équipement et le matériel dont on se sert pour avancer.

La confiance aveugle en politique comme en économie est dangereuse et peut mener au pire affirme Hakim El Karoui3. On ne peut faire avancer les gens sur des bases floues et en définitive invalides. Que ce soit en politique ou dans l'entreprise, les gens ont besoin de sens.

Construire la confiance

Laurence Fontaine4 affirme : « La confiance se construit face aux choses et au monde car ils véhiculent de l'incertitude ». Un certain nombre de rouages de l'économie, de la politique, des fonctionnements de la société restent obscurs ou mal connus. Ce manque d'information rend l'action difficile. Comment agir ? Pour Laurence Fontaine, La connaissance réduit l'incertitude et la confiance se forge par un acquis de connaissance face à l'incertitude.

Olivier Weber5 témoigne d'une expérience en Afghanistan lors de ses parcours de journaliste. La rencontre avec des femmes afghanes qui, au plus fort de la guerre avec les talibans se battent pour faire l'école à leurs enfants et leur transmettre l'écriture, les maths... fut pour lui décisive. Cette transmission à elle seule est un bel exemple de confiance. Même dans les situations les plus difficiles, il s'agit de produire de la confiance. Depuis des millénaires, la confiance est l'antidote à l'effroi et à l'inquiétude.

Confiance politique et relation à l'autre

Hakim El Karoui souligne l'importance que prend le regard des autres dans la construction de la confiance. Les hommes politiques forgent beaucoup leur confiance en eux par rapport au niveau de confiance que les autres ont en eux. Christophe André confirme ces propos en les illustrant par une citation de Paul Valéry : « Un chef est un homme qui a besoin des autres ». Il montre qu'il y a dans cette exposition une situation de risque : les hommes politiques s'exposent au vote et expérimentent le rejet ou l'attachement social, ils ont un ego résistant ! Pour Olivier Weber, il s'agit plutôt d'une hypertrophie de la confiance issue d'un bain politique et médiatique.

Laurence Fontaine ouvre le débat sur la relation entre confiance et foi. La confiance est quelque chose qui se prolonge dans le futur. Ainsi aucune relation sociale ne peut se vivre sans confiance, c'est une confiance par anticipation. Et c'est là souligne-t-elle qu'il y a quelque chose qui relève de la foi. C'est un pari sur soi, sur l'autre, sur une construction future. Christophe André montre que ce qui construit la confiance individuelle, ce sont les modèles parentaux, les événements de la vie, les succès qui boursouflent l'ego et les échecs qui le font s'écrouler.

Crise, Confiance et Information

Laurence Fontaine revient sur la question de l'information avec une vision historique : à l'époque de l'Ancien Régime, les liens sociaux étaient simples : famille, travail... et suscitaient peu d'incertitudes. Aujourd'hui la complexité de la société et l'accès à une énorme somme d'information renforce au contraire cette incertitude.
Pour Christophe André, « On ignorait la conséquence de certaines interactivités, on s'aperçoit soudain qu'il y a un monde d'incertitude ». Le chemin en fin de compte n'est pas si bien tracé !

Hakim El Karoui explique qu'il y a eu une accélération dans les sociétés occidentales de l'alphabétisation et donc une croissance de la liberté individuelle et des modes de vie multi répartis. « Maintenant on ne sait plus comment on va vivre ensemble et cela crée une incertitude et une crise de confiance ».
Olivier Weber reprend la question des informations non transmises. La confiance a besoin de piliers, le fait de pouvoir affirmer qu'une masse de flux financier de l'ordre de milliers de milliards de dollars passent au travers de toute information montre que l'on est bien dans une crise du système. Il y a des structures qui donnent lieu à l'opacité et non à une visibilité, cela donne aux individus le sentiment d'être manipulés parce que l'on ne sait pas ce qui se passe.

Laurence Fontaine revient alors sur la question de l'information sous un autre angle pour montrer que la démocratie a permis à chacun de d'embrasser de plus en plus de domaines. Elle prend plusieurs exemples dont ceux des dossiers médicaux qui sont devenus accessibles, des informations quant à tous les travaux possibles de plus en plus ouverts, des informations sur l'économie. Ainsi on prend en main la « marche » de l'ensemble de la société alors qu'avant on ne s'intéressait qu'à la « marche » de sa propre petite économie.

Confiance et relation

Eric Loizeau attire l'attention sur le fait que les crises de confiance sont aussi possibles au sein d'un équipage ou d'une cordée. Il partage alors un souvenir de son expédition à l'Everest. Ils étaient en haute altitude et tout près du but. Le temps était devenu mauvais mais ce n'était qu'un élément en cause, ils trouvaient juste que c'était trop dur et avaient décidé de redescendre : leur confiance était en berne. En pleine nuit un message radio satellite leur annonce une éclaircie qui leur donne l'espoir que l'ascension redevient possible. L'équipe est repartie et est montée jusqu'en haut. La confiance était revenue.

A ce témoignage Christophe André ajoute son expérience de travail sur des personnes fragiles qui manquent de confiance. L'échec que vivent généralement ces personnes fragiles est un cercle vicieux car il détruit leur confiance et les maintien dans un sentiment de défiance. A ce moment là, seule l'action peut redonner confiance.

Laurence Fontaine parle alors de l'importance de la famille qui est au cœur de la confiance. Dans certaines sociétés comme en Inde, la femme sera très active pour construire ce lien de confiance car sa vie en dépend ... Il y a également une crise de confiance dans les liens fondamentaux de nos sociétés. Eric Loizeau complète cette position en prenant l'exemple de la cordée. Il faut assurer la cohésion de celle-ci en prenant conscience de ses responsabilités de façon simple et tangible. Chacun assume sa place, le problème survient quand on ne l'assume plus.

Hakim El Karoui parle alors de son association « le Club XXIème siècle » qui a pour but de sensibiliser à la problématique de la diversité. Il affirme que les vagues d'immigrations qui ont toujours fait peur et que l'on pense toujours ne pas être gérables ont finalement été bien intégrées. Les gens migrent pour changer, pour faire des études, ils ont envie de prendre des risques. Le changement leur impose de prendre des risques qui sont de nouvelles énergies pour un pays. Il y a aujourd'hui des merveilleuses occasions à saisir.
La confiance est souvent une question de point de vue et de perspective. L'enjeu est de ne pas s'enferrer dans une seule perspective.
On peut résoudre la crise par l'engagement. Christophe André et Hakim concluent également par l'affirmation qu'il s'agit de redonner à chacun le goût d'être acteur et d'être soi-même, spécialement par rapport à tous ceux qui se sentent dominés par les autres.

Olivier Weber oriente le regard vers les nombreuses associations qui proposent d'aider l'autre. Il prend l'exemple du micro crédit qui est arrivé des pays du sud et de bien d'autres élans où les nations deviennent interactives pour échanger des idées et des besoins et les mettre en commun.

 

1 Christophe André est médecin psychiatre attaché à l'hôpital Sainte-Anne à Paris. Également enseignant à Paris X, il est l'auteur de plusieurs ouvrages dont : Comment gérer les personnalités difficiles, l'Estime de soi et La Force des émotions.
2 Eric Loizeau est navigateur et alpiniste, vainqueur de très nombreux prix dont champion du monde multicoque en 1986. En 2003 il fera l'ascension de l'Everest. Il dirige actuellement l'entreprise ELO spécialisée dans la création d'événements liés au sports.

3 Hakim El Karoui, normalien de formation, ce banquier a commencé sa carrière en politique. Conseillé du 1er ministre Raffarin dès 2002, il rejoint en 2006 le ministère des finances. Il crée en 2004 le « Club XXIème siècle »pour sensibiliser à la diversité.

4 Laurence Fontaine est historienne, directrice de recherche au CNRS. Elle est auteur de plusieurs ouvrages dont l'Économie morale, Pauvreté crédit et confiance dans l'europe préindustrielle.

5 Olivier Weber est écrivain et journaliste, auteur d'un grand nombres d'ouvrages, il a été lauréat des prix Albert Londres, Lazareff et de l'Aventure pour ses reportages et récits. Citons le Faucon Afghan et la Mort Blanche. Également réalisateur de documentaires.

 

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