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La Confiance (Montgeron, 22 novembre)


Compte-rendu des Conversations Essentielles à Montgeron, sur le thème de la Confiance, le dimanche 22 novembre 2009 dans le cadre du Festi'Val de Seine organisé par l'association Arasol.

Après la présentation des intervenants par l'animateur, Thomas Houdaille, la conversation débute par une approche de la confiance pour chacun.

Sybille d'Orgeval : à partir d'un tour du monde à vélo et de différentes expériences à l'étranger, j'ai voyagé dans environ 70 pays. Chaque soir, on était accueillis chez les gens pour la nuit. La confiance pour moi c'est donc quelque chose de mutuel, qui passe par l'échange.

Aziz Senni : je considère plutôt que la confiance vient de la non-confiance. Quand on a été élevé au Val Fourré, on souffre de l'image de la banlieue qui vous colle à la peau : les boîtes de nuit comme les entretiens d'embauche vous sont difficilement accessibles ! J'ai donc appris à avoir confiance en moi avec les échecs. L'expérience, c'est la somme des échecs.

Camille Solal : dans les années 70, des sociologues suédois ont fait une expérience. Ils sont allés dans des écoles, ont dit aux profs que certains élèves dans leurs classes étaient surdoués et qu'il fallait leur apporter une attention particulière, d'autres plutôt médiocres, etc. En fait, les enfants avaient été sélectionnés au hasard. Quelques mois plus tard, au retour des sociologues, les enfants « déclarés » surdoués l'étaient devenus, les médiocres étaient encore plus médiocres et les moyens restés moyens. Finalement, les enfants se sont comportés comme ce qu'on attendait d'eux. Il y a un effet miroir. Je pense que croire en quelqu'un, ça donne confiance.

Aziz : moi j'espère ne jamais cesser de douter. Je prendrais l'exemple d'un sport, le judo, que je pratique depuis longtemps. Le problème, ce n'est pas de tomber, c'est de ne pas se relever. La confiance, c'est pareil, ça se travaille.

Sybille : oui, l'idée, c'est de se prendre un gadin pour pouvoir recommencer. Lorsque nous dormions dans des familles, plusieurs fois la même anecdote s'est reproduite : au moment du départ, on nous demandait où on allait, et il nous était fermement conseillé d'éviter justement ce village : n'y allez surtout pas, ils sont dangereux ! La première fois, on s'est effectivement un peu méfiés, et ensuite on répondait « oui oui on est au courant » ! L'inconnu fait peur. Pour avoir confiance, il faut apprendre à aller vers l'autre.

Camille : je me souviens d'avoir animé un atelier clown avec des déficients mentaux. On m'avait proposé de lire les dossiers des patients, ce que j'ai refusé. Parmi eux, il y avait Simone, que j'adorais. C'est celle avec laquelle j'ai eu les plus beaux échanges, on est devenues très proches. A la fin du stage, j'ai lu les rapports, or celui de Simone disait qu'elle était potentiellement dangereuse. Si j'avais lu ce dossier avant, je me serais méfiée. Qu'est-ce qui pousse à faire confiance ? Voir la vie du côté du verre plein et non pas du côté du verre vide.

Aziz : c'est la curiosité qui pousse à aller vers les autres. Il y a quelque chose qui va avec l'idée de croire. Avoir confiance, ce n'est pas une certitude, c'est laisser la place au doute. Mon épouse, quand je lui laisse la carte bleue, j'apprends à lui faire confiance ! (rires)

Sybille : une fois qu'on t'a trahi, comment vas-tu faire à nouveau confiance ? C'est ça la question, et ça se fait petit à petit, par étapes.

Camille : j'aime beaucoup la phrase de Picasso qui dit « Trouve d'abord, tu chercheras après » qui veut dire « Vas-y, fais-toi confiance, propose, tu auras tout le temps de douter après ». Quand j'anime des ateliers théâtre avec des adultes, ils arrivent toujours en disant, « moi je ne sais pas chanter », ou bien « moi dessiner ? ah non, mais impossible ». On a plaqué des images sur les gens dès leur enfance, disant un tel est un artiste, un tel est un intello, et c'est très difficile de s'en défaire. Un enfant de trois ans, il a envie de dessiner un cheval, il dessine une vague forme, et on lui dit « oh le beau cheval ! » A 10 ans, il dit qu'il ne sait pas très bien dessiner les chevaux, et à 30 ans qu'il ne sait pas du tout dessiner. Pour avoir confiance, retrouvons une âme d'enfant !

Aziz : effectivement, on m'a souvent dit « tu n'y arriveras pas, t'as vu d'où tu viens, c'est impossible ». Et l'énergie du désespoir m'a en quelque sorte servi. Avoir confiance, c'est un peu un pari. J'ai eu envie d'apprendre à nager dans l'eau plutôt que de rester à côté du bassin. Les gens ne rêvent pas assez !

Question du public : croyez-vous que la confiance nécessite un leader qui dit « allez, venez avec moi » ?

Sybille : non pas forcément. Aujourd'hui, on traverse un moment de transition, de mutation et ce sont souvent les plus intéressants et aussi les plus difficiles. Je trouve intéressant d'avoir quelqu'un qu'on admire, et on en a souvent plusieurs au cours d'une vie, mais selon moi on n'a pas besoin d'un leader pour avoir confiance.

Thomas : est-ce que dans l'entreprise, on n'a pas besoin d'une personnalité charismatique, de quelqu'un qui guide ?

Camille : je préfère le terme de « facilitateur » à celui de leader.

Aziz : On a besoin d'un leader. Vision, éthique, compétence sont selon moi les trois qualités nécessaires. C'est peut-être ce qui nous conduit à une crise de confiance, lorsque ce leader dont on attendait tant fait des erreurs et déçoit.

Sybille : je reste mesurée par rapport à l'idée du leader, il me semble que si tout est mis dans la personne du leader, ça ne fait qu'un seul point de confiance alors que je crois qu'il en faut plusieurs. Le leader responsable de tout, c'est dangereux.

Camille : un leader n'est pas forcément un bon manager.

Thomas : alors, est-ce qu'on peut finalement dire qu'on traverse une crise de confiance ?

Aziz : ça serait dommage de perdre espoir, or l'espoir ça demande un minimum de confiance en soi. Plus qu'une crise de confiance, c'est plutôt une crise de sens qu'on traverse.

Camille : je crois que c'est Albert Jacquard qui dit « qu'on est arrivés à la limite de la socitété de progrès ». La clé aujourd'hui dans cette crise de sens, c'est peut-être le partage.

Aziz : effectivement, on est en plein mirage du rêve américain. Le mythe de l'individu qui réussit tout seul ça suffit ! L'aventure individuelle n'existe pas, je voudrais remettre ça au centre !

Sybille : ça me fait rire de voir qu'on dépense des fortunes pour aller sur la planète Mars pour faire rêver les gens qui n'ont plus confiance en leur monde.

Question du public : Il me semble que la confiance a trois pôles : la confiance en soi, la confiance en l'autre et la confiance dans les institutions. Et c'est la dernière qui fait problème pour beaucoup d'entre nous. Exemple, la police, les élus : vous avez confiance ?

Sybille : le problème c'est que si on ne fait pas énormément de promesses, on n'est pas élu, et qu'une fois élu, on ne peut pas tenir ses promesses innombrables, donc on perd la confiance des gens.

Aziz : moi je voudrais dire : on a les élus qu'on mérite. J'ai eu de très mauvaises expériences avec la police, et de très bonnes également. Là, c'est une question d'individu. On est responsables, tous. Le taux d'engagement dans les associations et les syndicats en France est parmi les plus bas qui existent.

Thomas : Donc, comment résoudre cela ?

Camille : En s'engageant, tous. Demain, vous serez peut-être magistrat, vous avez un rôle à jouer dès maintenant. Le leader ne porte pas tout.

Il faut insister sur la responsabilité de la société civile.

Question du public : on a trouvé 320 millions d'euros pour les banques, et parallèlement on en est au 30ème plan banlieue, on a trouvé aucune solution pour que ça bouge. Ce qui détruit la confiance dans ce cas, c'est l'hypocrisie...
Quelle est à votre avis la note d'espoir dans un tel monde fait de paradoxes et d'hypocrisie ?

Camille : d'abord, je crois que ce n'est malheureusement pas de l'hypocrisie mais de la réalité : les banlieues sont vues comme étant non rentables, le taux d'abstention y est énorme, donc elles ne sont pas intéressantes.

Aziz : J'essaie de dire aux gens de mon quartier : tu râles ? Alors pourquoi tu ne mets pas ta rage dans un bulletin de vote ? Je voudrais que les gamins de mon quartier puissent rentrer chez eux en disant : je suis stagiaire, j'ai fait des photocopies et des cafés toute la journée, et non pas des kebabs chez mon oncle ! Pour l'instant, ces jeunes ne représentent ni une menace, ni un intérêt politique, puisqu'ils ne votent pas. Mon message est clair : on se lève, on s'organise, on fait du « communautarisme économique », et j'assume le terme. Mon dernier mot ce sera ça : il nous faut du rêve, de l'ambition, beaucoup de travail, du partage et la France est à nous : R. A. T. P. !

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