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Enquête OPINION WAY - VERS QUOI COURT-ON ?

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Synthèse de la soirée du 6 octobre 2010

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Notre rencontre du 6 octobre dernier a commencé par une discussion autour du thème de la soirée : « No future, what else ? ». Il s'est rapidement avéré que cette thématique semblait angoissante et éloignée de la préoccupation quotidienne de nos congénères. Cela a conforté le choix des « Conversations Essentielles » de soumettre systématiquement l'élaboration de ses thèmes, à l'ensemble de ses bénévoles.

Ce qui n'a pas empêché que l'ensemble des groupes, constitués pour l'occasion, se soit questionné sur les caractéristiques de la crise que nous traversons. Il en est d'abord ressorti que la crise se décline en plusieurs facettes : crise financière, crise économique, crise alimentaire, crise écologique, crise sociale, crise politique, crise des médias ...

Aujourd'hui, concomitamment à ce contexte de crise, on assiste à des changements importants des modèles. En effet, tout change très vite. Du décideur au commun des mortels, chacun rentre dans un monde de l'urgence. Il faut tout de suite réagir, tout faire et tout cela très rapidement...Cette accélération, génère de la précipitation et incite à gérer le court terme en oubliant la finalité des choses. Cette assertion rejoint parfaitement la pensée d'Edgar Morin qui affirme « qu'à force de sacrifier l'essentiel pour l'urgent, on finit par oublier l'urgence de l'essentiel ».

Une question s'est alors imposée : « ne serait-ce pas là une des explications de la perte de nos repères ? »

Par ailleurs, les médias ont tendance à mettre en avant les trains qui n'arrivent pas à l'heure. Ainsi, notre conscience peut être, malgré nous, habitée d'idées négatives. Or, ces opinions souvent subjectives, sont considérées comme étant factuelles. Les médias amplifient par conséquent nos peurs et tendent à nous paralyser. Ils intensifient la perception qu'on peut avoir de la crise tout en paralysant l'envie d'agir et la créativité.

Dans ce contexte, on peut se demander si les peurs et les angoisses provoquées par la crise actuelle sont des risques fantasmés ou réels ? L'un des participants, a même considéré que l'utilisation exagérée de la notion de crise pouvait être une sorte d'intox manipulatrice, car de manière insidieuse, elle immobilise, endort, culpabilise et déresponsabilise le citoyen.

Reprenant la définition chinoise de la crise, l'échange s'est alors tourné vers ses vertus. En chinois, le mot crise se compose de deux caractères : Wei et Ji. Le premier « Wei » veut dire danger, le deuxième « Ji » peut se traduire par occasion, mutation ou chance.

Il est alors apparu que la crise, appréhendée tant individuellement que collectivement, peut devenir, sous certaines conditions, une force de dynamique. Mais ce processus positif suppose un rapport au monde différent et implique des remises en cause ainsi que de nouveaux questionnements. La crise révolutionne alors nos modes de pensée en générant de nouvelles collaborations, de la créativité et de l'innovation.

Mais, pour que la crise soit une source de transformation positive, il faut penser les conditions à réunir. Certains groupes d'échanges se sont alors recentrés sur le plan personnel en considérant que la vie existentielle pouvait également être en crise. Cet état de fait est malheureusement conforté par le contexte anxiogène de notre époque qui nous martèle qu'il y a plus de raisons d'être en crise que de raisons d'aller bien. De plus, l'érosion des modèles traditionnels et la multiplication des choix de vie possibles engendrent une perte de repères autant pour l'individu que pour les collectivités.


Quatre façons de réagir ont alors été citées :


La première serait la position de l'autruche qui se met la tête dans le sable. « Je fais semblant d'aller bien, même si je ne vais pas bien ». Je m'affranchis du monde extérieur, je fais abstraction du danger, je me voile la face tout en me fuyant moi-même. Je suis devant un mur tout en refusant de le voir. Je pense en avoir la force grâce à mes moyens qu'ils soient financiers ou ayant trait à ma prédisposition psychologique. J'ai peur du changement car il pourrait mettre en péril ce que j'ai déjà acquis.


La seconde serait l'attitude de la souris face au serpent, figée par la peur et incapable de réagir. Ainsi on se protège, on subit, on ne fait plus de choix. On est paralysé par le pessimisme, qui est en fait révélateur d'une absence de sens donné à notre action, à notre vie professionnelle mais aussi personnelle.


La troisième serait la course de la gazelle face au lion. Perdu dans le cap à prendre, on se précipite dans toutes les directions ou dans des palliatifs (psychotiques, drogues, excès d'alcool, ..), tout en perdant par ce biais les moyens d'agir et s'éloignant inexorablement du chemin du bonheur et du sens.


La quatrième est celle de l'homme debout, vivifié dans son envie d'agir par le danger. C'est justement le « Ji » chinois. La crise devient créatrice de nouveautés, d'opportunités et d'entropie. Le chaos devient occasion de remises en causes, de profondes réflexions, d'échanges, de collaborations avec des modes insoupçonnés pour reconstruire sur des bases refondées.


« Le Big Bang s'est réalisé dans le chaos », s'est écriée une personne dans la salle, emportée par son enthousiasme. « L'histoire des civilisations est jalonnée de crises qui ont donné lieu à de profondes renaissances », a poursuivi une autre. Une troisième a tenté de conclure par la formule suivante : « Crise : immobilisation, extinction, réaction ou création ? »


D'ailleurs, quelque soit le mode de réactions individuelles retenu, il a été souligné qu'il pouvait être transposé dans une déclinaison collective (entreprises, états ou organismes internationaux ...) ?


Cela étant dit, la quatrième réaction, celle s'identifiant au « Ji » chinois s'est imposée d'elle-même. L'échange s'est alors logiquement concentré à rechercher les fondations sur lesquelles cette refondation pourrait s'appuyer.


Compte tenu du ressenti face à la multitude et à la complexité du monde, l'une des voies à privilégier ne serait-elle pas celle de l'enrichissement procuré par la relation à « l'autre » ? « L'autre », non pas comme un individu abstrait, mais comme un compagnon qui dans ses différences, nous renvoie à notre humanité tout en nous procurant la confiance nécessaire pour trouver des solutions.


La notion d'équilibre est également souvent revenue dans ces échanges du 6 octobre dernier. La médecine chinoise, a été prise comme exemple dans sa dynamique de recherche d'équilibre général du corps humain. Elle considère en effet, l'ensemble des organes le constituant, en anticipant la déficience de l'un d'entre eux, évitant par ce biais une crise du corps dans son ensemble. Ce concept peut-être transposé aux crises sociales, environnementales, financières ... constituant un même corps : la crise générale. En d'autres termes, la conclusion qui s'est alors imposée était celle d'affirmer qu'il faut une solution globale aux crises que nous traversons. Rien que ça !


Mais il en fallait plus pour arrêter les fougueux acteurs de ces Conversations Essentielles qui loin d'être immobilisés comme la souris devant un tel défi, se sont attelés à poursuivre leur réflexion.


En ayant écrit « il importe moins de conquérir de nouveaux horizons que de changer de regard », l'honorable Marcel Proust leur a donné un grand coup de main. Le changement de regard est en effet apparu comme le point de départ de la reconstruction. Mais de quelle manière ? Il s'est révélé important de considérer les crises comme un ensemble dont les signaux sont à relier pour les comprendre, les analyser et les interpréter. Cela revient à voir toutes choses autrement en découvrant leur nature souvent cachée. On acquiert ainsi le discernement nécessaire à toute action constructive. Les crises deviennent alors l'occasion de se remettre en cause, de s'adapter, de s'ajuster, de réagir et de créer de manière ontologique, dans une volonté positive de changement.


Une volonté commune s'est dégagée pour tenter de dépolluer notre regard et de trouver des lueurs d'espoirs dans la brume ambiante. La question « Qu'est ce qui nous rend optimistes ? » s'est imposée. Certains se sont remémorés leurs voyages à l'étranger, marqués par le sourire éblouissant des démunis rencontrés, et de leur accueil chaleureux, offrant même le peu de leurs biens.


En a été déduite l'absolue nécessité de relativiser qui constitue une composante du « changement de regard » proustien.


Par ailleurs, l'optimisme vis-à-vis de l'avenir suppose d'avoir des projets et de se dépasser. « Savoir construire le présent pour équilibrer et garantir le futur » constitue un formidable antidote à la peur de l'avenir qui est « l'arbre qui cache la foret de tes possibles » (sic).


Cette conversation de deux heures s'approfondissant de plus en plus a alors débouché naturellement sur le questionnement intérieur. S'interroger dans son fort interne, sur la nature de nos ressources, ce qui nous fait avancer, ce qui fait que notre vie sera la plus heureuse possible devient primordial. Mais comment être acteur de notre vie et de la cité ? L'un des participants a donné un élément de réponse, en valorisant l'efficacité de la conversation. En effet, ce type d'échange nous permet de changer notre regard sur l'autre et sur la réalité de notre environnement, réussissant ainsi à capter les signaux précédemment décrits. Notre regard se trouve transformé.


Cécile, peut être en voulant flatter les organisateurs de cette soirée, s'est demandée, si justement les Conversations Essentielles n'étaient pas une de façon de s'enrichir dans le regard de l'autre. Prolongeant cette réflexion, une autre personne a expliqué que la richesse des Conversations Essentielles naissait en effet de la diversité de ceux qui les composaient grâce à la différence de leur histoire, la diversité de leurs milieux d'origines, de leurs désirs et de leurs croyances.


Enfin, une dernière personne a pris la parole en indiquant que son groupe de conversation, dont il se faisait la porte parole, s'était principalement axé sur le caractère permanent des crises tout au long de l'histoire des civilisations. C'est ainsi qu'Hubert faisait remarquer : « En fait il y a toujours eu des crises. Est ce que la crise n'est pas simplement un problème auquel tout être vivant est confronté pour pouvoir ne serait ce que survivre ? »
En y regardant de plus près le constat suivant s'est imposé : les problèmes que nous rencontrons, ne sont pas forcement identiques à ceux des générations précédentes mais force est de constater que comme nous ils en avaient aussi.


Une caractéristique de la crise que nous traversons est que nous sommes englués dans une société de consommation mettant en valeur ce qui est sophistiqué et dispendieux tout en dénigrant les plaisirs simples et essentiels. Très logiquement s'est posée la question de savoir si le manque d'argent empêcherait le bonheur. L'individualisme forcené généré par la société de consommation s'accompagne d'un retour vers des besoins typiquement humains, de quêtes d'interactions sociales et de solidarité vécue au quotidien comme le démontre de nombreuses études. En effet, le lien social, permettant de se protéger notamment en cas de danger, se trouve renforcé. Certains de nos contemporains redécouvrent leur nature d'animal social, avec son besoin des autres, s'investissant dans des relations de qualité, en se démarquant des modèles consommatoires renvoyés par la télévision, les medias et la publicité.


Cette réflexion s'est poursuivie lors d'un dîner. Marcel Proust, très soucieux de notre changement de regard, aurait été très fier de ce banquet, lequel, comme vous pouvez l'imaginer, fut très animé.

 

Ghislain d'Alançon et Marie Fleury
Sur une idée originale de la cinquantaine des participants de l'échange du 6 octobre.


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Le travail : perspectives philosophiques et contemporaines

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Travail et réalisation de soi


Le travail est interprété dans l'idéologie capitaliste contemporaine comme le moyen fondamental de se réaliser soi-même. Or 1/ la réalisation de soi fonctionne comme une idéologie (Cf travaux de Goléjac), 2/


Pour Locke, dès lors que je mêle de moi-même à un objet naturel par mon travail, et que je le sors de l'état où l'avait laissé la nature, je me l'approprie. Le travail est le fait qui fonde la propriété.


À l'inverse, pour Marx, le travail est une aliénation. « il transforme en désavantage son avantage sur l'animal »

 

Travail et Occident

 

Le travail est-il une valeur universelle ? Un inconstant anthropologique ?


  • Paul Lafargue, Pour un droit à la paresse (1880) : on a transformé en idéologie et valeur absolue ce qui était au départ une malédiction divine
  • Malinowski, Les Argnonautes du Pacifique : contre l'erreur ethnocentriste des « peuples fainéants ».
  • Historiquement, le travail est né comme une forme d'indignité sociale (esclave)


« Travail, œuvre, action sont les trois grandes dimensions de la vie active » Arendt, Condition de l'homme moderne.


Travail et appartenance. Le paradoxe du travail


L'homme s'affranchit de la dépendance à la nature par le travail, en passant de la cueillette à l'agriculture (Bataille), mais ce faisant il se jette dans une seconde forme de dépendance.


Ce qui fait que l'homme quitte l'animalité pour devenir proprement humain est le travail, et en même temps, c'est le travail qui fait que l'homme retombe dans une forme de déshumanisation : travail à la chaine.


Dois-je avoir conscience de travailler pour que ce que je fais compte comme un travail ?


Ne pas travailler, c'est s'exclure de l'humanité.


Les problématiques contemporaines : chômage longue durée etc.


Travail comme fait ≠ idéologie du travail. La question que pose le film de Pierre Carles Attention danger travail c'est celle du travail comme valeur (=>sociétés capitalistes) et non plus comme fait, c'est-à-dire comme forme privilégiée de développement humain et social. Non seulement je sais que je dois travailler pour vivre et être humain, mais je me mets à placer le travail comme la valeur suprême, comme l'activité par laquelle je me réalise.


  • utopie d'une société sans travail (Proudhon)


Travail et profession.


L'idée de vocation. Mauvaise foi Sartre, L'Être et le néant


Renversement des rôles : parfois c'est n'est plus moi qui mène mon travail, mais c'est mon travail qui me maintient, avec la sensation confortable d'occuper une case dans la société, un rôle dans la fourmilière générale => cela est manifeste avec la crise du chômage : effondrement de soi.


Avec une forme de mauvaise foi : je me rassure en me disant que j'occupe une place, lors qu'en réalité c'est la place qui me tient.

 

Les intermittences du travail


Le travail n'est pas homogène dans la durée : on oscille entre des moments jubilatoires de création, de confiance en soi, d'achèvement, etc. et d'autres moments de routine stérile, de fatigue, de lassitude et de dégénérescence.




 

 



 

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Travail et cinéma

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En 1895, les frères Lumière tournent "La sortie de l'usine Lumière à Lyon". 45 secondes de film qui inaugurent la naissance du cinéma, et la caméra reste aux portes de l'usine. Une peu de la même manière, le cinéma va se montrer très réticent à filmer, en intérieur et en gros plan, le monde du travail.

 

D'emblée on pourra s'interroger sur cette quasi-absence du travail au cinéma : peur des stéréotypes, craintes des discours politiques, difficultés des mises en scène, désir d'évasion du quotidien, etc.

 

Malgré tout, avec la capacité continuelle du cinéma à subvertir et créer des genres, est apparue la veine des « films sociaux », dont Ken Loach et Laurent Cantet sont les maîtres et où l'on trouvera certainement les réflexions les plus poussés sur le travail.

 

On pense également à de nombreux documentaires, ceux de Depardon ou de Klein par exemple.

 

Néanmoins, au-delà des interrogations sociales, et même sociologiques, sur le travail, il importe surtout d'examiner comment le cinéma filme le travail.

 

Certains cinéastes, parmi les plus importants, s'y sont essayés et pourront nous éclairer. On s'attardera donc sur quelques grands films qui ont osé pousser les portes de l'usine.

 

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La représentation du travail à l'école

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L'école et l'Europe :

 

Tendance actuelle : l'école s'ouvre à la société et à l'entreprise depuis que de nombreuses critiques se sont élevées contre son incapacité à prendre en compte les réalités du travail.

 

Mais on ne doit pas oublier qu'il s'agit de recommandations européennes datant de la stratégie de Lisbonne (2000), stratégie revue en 2005.

Définition : la stratégie de Lisbonne est l'ensemble des orientations économiques et sociales que l'Europe des 15 à l'époque préconisait pour atteindre ce qu'ils ont appelé une société de connaissance (TIC et mondialisation).

 

« Deux évolutions récentes sont en train de modifier profondément l'économie et la société contemporaine. La mondialisation de l'économie impose que l'Europe soit à la pointe de tous les secteurs dans lesquels la concurrence s'intensifie fortement. L'arrivée subite puis l'importance croissante des technologies de l'information et de la communication (TIC) dans les sphères professionnelle et privée ont une double conséquence : proposer une révision complète du système éducatif européen et garantir un accès à la formation tout au long de la vie." (http://europa.eu/legislation_summaries/education_training_youth/general_framework/c10241_fr.htm)

 

Ensemble des recommandations pour que l'Europe soit compétitive sur le plan mondial et qu'elle parvienne à un  taux d'emploi de l'ordre de 70%.

Priorité a donc été donnée à un certain nombre de domaines susceptibles d'apporter des améliorations et l'éducation en fait partie.

Il faut donc se reporter aux recommandations européennes sur l'éducation pour comprendre les réformes actuelles et le visage que prend l'école de demain.

 

« Les compétences clés pour l'éducation et formation tout au long de la vie constituent un ensemble de connaissances, d'aptitudes et d'attitudes appropriées au contexte.

Elles sont particulièrement nécessaires à l'épanouissement et au développement personnels des individus, à leur inclusion sociale, à la citoyenneté active et à l'emploi.

Les compétences clés sont essentielles dans une société fondée sur la connaissance et garantissent davantage de souplesse de la main d'œuvre.

La flexibilité de celle-ci lui permet de s'adapter plus rapidement à l'évolution constante du monde caractérisé par une plus grande interconnexion.

Elles constituent également un facteur essentiel d'innovation, de productivité et de compétitivité, et contribuent à la motivation et à la satisfaction des travailleurs, ainsi qu'à la qualité du travail.

Les compétences clés devraient être acquises par :

  • les jeunes au terme de la période obligatoire d'enseignement et de formation les préparant à la vie d'adulte, notamment à la vie professionnelle, tout en constituant une base pour des apprentissages ultérieurs;

  • les adultes au cours de leur vie dans le contexte d'un processus de développement et d'actualisation. »

(http://europa.eu/legislation_summaries/education_training_youth/lifelong_learning/c11090_fr.htm)

La connaissance et le savoir sont désormais subordonnés aux compétences :

 

ils laissent place aux termes de compétence, de capacité (ce terme a été préféré en France car le terme « aptitude » renvoie à une disposition naturelle) et d'attitude propres à favoriser l'acquisition de connaissances qui sont résumées dans un document désormais européen intitulé le socle commun de connaissance et de compétence.

Cette transformation sémantique n'est pas sans rapport avec notre sujet.

 

 

 

 

Le travail et l'école :

 

Jusqu'à présent, la notion de travail à l'école peut se résumer à  deux grands domaines :

 

 

  • le travail personnel, fait d'efforts, de répétitions, nécessitant au  minimum un cadre familial et social favorable, qui fait appel aux notions de mémorisations et d'entraînements systématiques. Ce travail personnel relève d'un exercice systématique dont l'appréciation ne pourra qu'être rétrospective et demande une forme de maturité que les enfants n'ont pas encore (sauf cas exceptionnel) c'est pourquoi on l'impose aux enfants en misant sur une redécouverte tardive de ce plaisir paradoxal de la souffrance du travail.
  • Le travail en tant que représentation sociale et en tant  que métier. Les filières professionnelles et techniques sont bien évidemment les premières concernées car elles explicitent la fonction utilitariste de ses études : l'école est bien la préparation directe à un métier. Malheureusement, ces filières sont très négativement connotées bien qu'elles connaissent un regain d'intérêt. Elles posent toutefois le problème du rôle de l'école : fins utilitaristes ou constitution d'une culture humaniste partagée par le plus grand nombre et susceptible d'assurer la cohésion sociale et d'inculquer quelques repères culturels nécessaires à la vie en société.

 

Or le problème se situe ici : la redéfinition de la stratégie de Lisbonne a des conséquences  directes sur l'organisation de l'école.

 

En effet, il s'agit d'harmoniser les systèmes éducatifs européens pour favoriser une mobilité des travailleurs au sein de l'Union dans l'avenir et pour leur permettre d'être de façon quasi permanente formés à de nouveaux métiers.

 

Le travail personnel tel qu'on se le représente de façon classique perd de son importance dans une telle réorganisation de l'école. En effet, il s'agit d'une part de préférer à un terme polysémique, le savoir, des termes plus concrets et déjà présents dans le monde de l'entreprise, comme  la compétence ou encore la capacité. D'autre part il s'agit de ne pas mécontenter de plus en plus de citoyens qui ne peuvent assumer une telle charge familiale (aider l'enfant à travailler à la maison pose un problème quand on travaille jusqu'à 20 heures, sans parler de ceux qui travaillent de nuit etc).

 

L'école se charge de mettre en place des heures de consolidation de compétences du type : « aujourd'hui nous travaillons la compétence 1 ''je sais reconnaître un adjectif qualificatif'' ». A la fin de cette séance, l'enfant a acquis cette compétence, le professeur la lui valide et son acquis est jugé définitif.

 

Or le mérite du travail personnel tel que nous nous le représentons est qu'il met en place un horizon infini et permet à l'enfant de comprendre ou tout du moins de pressentir que l'acquisition d'un savoir  est affaire de répétition et qu'il est sans cesse menacé par l'oubli.

 

A cette objection, les recommandations européennes répliquent que l'apprenant est condamné à se former tout au long de sa vie et qu'il pourra dés lors acquérir de nouvelles compétences lui permettant de se recycler dans un autre domaine et de renouveler ses connaissances.

 

Il semble que cette nouvelle image du travail à l'école telle qu'elle est présentée sera le coeur du système scolaire. En effet, les textes (cités ci-dessus) explicitent clairement la fonction utilitariste de cette école : permettre aux citoyens européens d'être des salariés compétitifs et mobiles, en permanente reconversion, capables (le terme européen est « aptes ») de s'auto-former et de s'auto-orienter sans qu'il incombe à l'Etat de se charger de cette besogne.

 

Le remplacement du terme savoir par ceux de compétences, capacité et attitudes a de lourdes conséquences. En effet, le savoir est étymologiquement ce qui se goûte, ce qui a de la saveur et bien que son acquisition puisse avoir un goût amer au début, il va sans dire que ce n'est que dans la maturation que l'être découvre cette saveur et ce plaisir propre à l'effort intellectuel.

 

Le travail n'est donc plus considéré que sous un angle salarial et ce même à l'école. On va à l'école, on travaille pour avoir un métier, pour réduire à terme le chômage et pour rendre l'Europe compétitive.

 

La deuxième dimension du travail (travail personnel) est délaissée et rien, dans les réformes actuelles, ne viendra combler cette perte-là. Il va sans dire que dans les couches sociales les plus favorisées, cette dimension sera toujours extrêmement valorisée et participera à créer de nouvelles inégalités dans l'acquisition d'un savoir et d'une culture générale nécessaire à la vie personnelle et citoyenne de chacun.

 

Bien évidemment l'école a toujours eu cette fonction utilitariste : fournir une main d'oeuvre qualifiée au marché (c'est ainsi que les socialistes ont ouvert les vannes du BAC dans les années 80).

 

Toutefois, il ne me semble pas que cette fonction utilitariste ait été si ouvertement assumée et qu'elle ait été si politiquement orientée car il va sans dire que l'école devient dès lors le fer de lance d'une certaine conception de la société.

 

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